La Villa Cavrois ouverte au public

C’est un évènement que les amoureux d’art et d’architecture ne manqueraient pour rien au monde… Depuis vendredi dernier, la Villa Cavrois, signée Robert Mallet-Stevens, est ouverte au public après 12 années de travaux de restauration. Un monument emblématique du début XXème siècle, troublant de modernité malgré ses 83 ans… En plus d’équipements techniques ultra-modernes pour l’époque, elle se dotait de murs doublés en béton cellulaire pour assurer le confort acoustique de ses habitants.

 

L’histoire de la Villa

La Villa Cavrois a fait beaucoup parler d’elle à son époque. Tout commence lorsque Paul Cavrois, industriel dans le textile, décide de faire construire à Croix, près de Roubaix,  une grande demeure pour y vivre avec sa femme, ses sept enfants et leurs domestiques. Séduit par le travail de l’architecte Rober Mallet-Stevens, rencontré en 1925 à l’Exposition internationale des Arts Décoratifs et Industriels de Paris, Cavrois lui confie la réalisation de sa maison, mais également celle de sa décoration, de ses meubles et des jardins.
Résultat : une villa avant-gardiste, somptueuse, qui séduit autant qu’elle suscite l’indignation, la « folie cavrois » ou le « peril jaune » comme certains l’appellent dans la région. Robert Mallet-Stevens n’a que faire des critiques, il salue le « mépris de la routine » du couple Cavrois qui a osé et qui lui a fait confiance.

Un château des temps modernes

Deux vastes salles de réception, un hall-salon doté d’une hauteur sous plafond vertigineuse, une immense baie vitrée donnant sur la terrasse, une salle de bain en marbre blanc, une piscine de 27 mètres de long qui borde la maison, un parc et des carrés de fleurs florissant a des époques différentes de l’année, son miroir d’eau qui reflète la maison l’été et sert de patinoire l’hiver… 


Tout est luxe mais pas celui qu’on croit... Sans dorure, sans fioriture, sans tableaux aux murs. D’ailleurs, la revue L’Architecte d’Aujourd’hui datant de 1932 résume très bien l’ambiance qui règne ici : « Le vrai luxe c’est vivre dans un cadre lumineux et gai, largement aéré, bien chauffé, le moins de gestes inutiles, le minimum de serviteurs ». L’intérieur est épuré, minimaliste et le mobilier contemporain.
Et puis surtout, cette villa est un concentré de modernité fonctionnelle avec entre autre : dans chaque pièce, des téléphones et pendules électriques, des hauts parleurs encastrés pour diffuser la radio et une commande dans les chambres et salons pour que chacun puisse couper le son s’il le souhaite, une balance intégrée dans la salle de bain…


La revue L’Architecte d’aujourd’hui nous apprend aussi que  certaines pièces sont doublées en béton cellulaire car les propriétaires les souhaitaient « très insonores ». C’est dire si cet architecte était visionnaire : nous étions au début de l’utilisation du béton cellulaire en France, il avait déjà compris tous ses avantages en termes de performances acoustiques et savaient que pour satisfaire son client ce matériau nouveau serait ce qu’il lui faut.

Grandeur, décadence…. et splendeur retrouvée

La Villa Cavrois fut habitée jusqu’en 1985 puis cédée à un promoteur qui souhaitait la détruire complètement. Mais c’était sans compter sur la détermination d’une association de sauvegarde qui fit pression et qui obtint son classement d’office au titre des Monuments Historiques en 1990. Le promoteur laissa alors la maison à l’abandon, qui se dégrada rapidement et qui fut le théâtre d’actes de vandalisme et de pillage, avant que l’Etat ne l’acquière en 2001.

23 millions d’euros et 14 ans plus tard... La villa a retrouvé sa superbe à l’intérieur comme à l’extérieur. Un chef d’œuvre désormais ouvert au public… Un château moderne qu’on ne se lasse pas de contempler et qui nous apprend tant sur l’architecture avant-gardiste du début du 20ème siècle.

Pour aller plus loin :
Le site de la Villa Cavrois
Le site des Monuments Nationaux