Etat des lieux du BIM dans la conception, la réalisation et les éléments de construction à l’aube du Plan BIM 2022

Building Information Modeling

Comparable à une véritable révolution pour toute la filière du BTP, le BIM n’est pas une simple « solution informatique » mais bel et un bien un processus de construction numérique qui engendre efficacité et gain de productivité. La France, bonne dernière en 2013 du baromètre d’adoption du BIM en Europe, est remontée à la 3ème place en 2017 avec plus de 30% des projets immobiliers réalisés en BIM. Alors au moment où doit s’appliquer le Plan BIM 2022, sur le terrain, où en sont concrètement les acteurs de la maquette numérique ? Eléments de réponses…

 

« Une année charnière ». C’est ainsi que les professionnels du digital dans la construction considèrent l’année 2021. Pour eux, le BIM (Building Information Modeling) va passer la vitesse supérieure avec la sortie des normes qui doivent régir et propulser ce processus pour qu’il devienne réellement un outil du quotidien pour l’ensemble de la chaîne de l’acte de construire. Il s’agit de l’étape d’après le Plan transition numérique du bâtiment (PTNB) de 2018, dont le mot d’ordre était plutôt la sensibilisation des acteurs à une démarche qui a pris corps en France dans les années 2000 au moment où les maîtres d'ouvrages se sont rendu compte que 85% des coûts d’un bâtiment tout au long de son cycle de vie se situaient dans sa phase d’exploitation. 20 ans après, où en est-on du déploiement de cette façon numérique de penser, réaliser et entretenir le bâtiment ?

L’avatar du bâtiment

Dans le principe, aujourd’hui, la maquette numérique est la plupart du temps créée par l’architecte. Elle passe ensuite entre les mains des différents bureaux d’études qui vont la compléter ou la modifier techniquement pour en faire le véritable avatar du bâtiment.
Le projet numérique peut être, à cette étape, divisé en plusieurs maquettes qui intègrent les particularités de chaque « métier » (structures, fluides…). Le tout sera ensuite assemblé et fusionné dans une « master-maquette » qui permettra virtuellement de détecter et résoudre les conflits éventuels. Cette phase de synthèse sert à produire les plans d’exécution diffusés sur chantier. Durant les travaux, la maquette est maintenue à jour par les concepteurs et les constructeurs de sorte qu'à la fin du chantier, ce jumeau numérique est parfaitement conforme à l’ouvrage construit.
Livrée ensuite au maître d’ouvrage, cette maquette numérique lui donne la possibilité de gérer informatiquement son bâtiment, d’intégrer de nouveaux systèmes domotiques si besoin ou de réaliser des simulations (ensoleillement, flux, acoustique…). 

La conception déjà à l’heure du numérique...

« Si l’on compare aux secteurs de l’industrie ou de l’automobile qui utilisent depuis longtemps le travail collaboratif et pluridisciplinaire avec un système virtuel, le bâtiment est en retard. Pour autant, on assiste à une vraie bascule depuis un an et demi, même si l’utilisation de la maquette numérique diffère selon les fonctions du bâtiment, mais aussi selon les différents métiers », éclaire Philippe Valentin, créateur de Bimsky, la plateforme collaborative à destination des entreprises du bâtiment, architectes, bureaux d’études structure et fluides, économistes, dirigeants.
Aujourd'hui, la majorité des entreprises a bien compris que le BIM était avant tout une méthodologie de projet permettant de mieux collaborer entre les différents intervenants d’un projet de construction, mais leur niveau de maturité numérique reste disparate. Si le BIM exploitation devient une réalité et que dans la phase de conception le BIM est véritablement actionné, la réalisation et l'application en direct sur les chantiers restent encore marginales. « Dans les bureaux d’études, de structures et chez les architectes, la maquette numérique s’est beaucoup démocratisée. 60% d’entre eux sont équipés. Tous les appels d’offres publics-privés intègrent le BIM. Pour la construction dans le secteur tertiaire, notamment dans le milieu hospitalier, ce modèle est quasi systématiquement utilisé car la gestion des fluides est très complexe. » Dans ces secteurs, les projets sont plus conséquents en m2, comme en nombre d’équipements, avec une complexité et des coûts de maintenance élevés. La centralisation d’une base de données numérique actualisée et fiabilisée s’impose donc pour permettre une réduction significative des coûts d’exploitation et de maintenance. Un constat qui a permis de sensibiliser plus tôt les maîtres d’ouvrage aux bénéfices financiers du BIM. « Une marche est montée c’est évident et tous les acteurs de la phase conception valident aujourd’hui l’apport du BIM au niveau de la maintenance et de l’entretien », ajoute Philippe Valentin. 

Philippe VALENTIN, créateur de Bimsky

... la phase d’exécution doit suivre

Sur le terrain, le recours à la maquette numérique est pourtant moins évident. Si elle n’est plus un effet de mode, elle peut encore être assimilée à un surcoût. Les grandes entreprises du BTP ont plus aisément investi dans le BIM que les « plus petits » acteurs travaillant en conception. L’usage du BIM nécessite en effet un certain investissement en formation, en acquisition de logiciels, voire une mise en process des équipes. « La formation est plus lente et les entreprises ne sont pas toujours équipées, complète Philippe Valentin. Même si ce processus de travail s’affirme comme un avantage concurrentiel certain, travailler avec le BIM a un coût et le recul n’est pas encore suffisant. Mais tous les acteurs vont suivre car faire du BIM à 20% n’est pas cohérent pour un retour sur investissement correct. » Un avis partagé par Iyeb Benhassen, BIM Manager chez Bimsky : « Si le BIM conception est maîtrisé à 80%, le BIM exécution ne fait que débuter. On assiste cependant à une petite accélération du BIM Gestion Exploitation Maintenance (GEM) car beaucoup de maîtres d’ouvrages ont compris la plus-value financière apportée par ce processus. »

« BIM manager :  le chef d’orchestre du bâtiment »

Dans ce schéma, le BIM manager est un acteur central. Il intervient essentiellement avec la maîtrise d'œuvre, de la partie programmation jusqu’à l'exécution pour livrer un Dossier des Ouvrages Exécutés (DOE) numérique. Son action a une incidence forte sur toute la partie exploitation du bâtiment. Pour Iyeb Benhassen, le BIM manager est « le chef d’orchestre conseil du bâtiment, sans pour autant avoir de rôle de validation technique ou d'ingénierie. Nous gérons et orchestrons le travail pour garantir au maître d’ouvrage le jumeau numérique le plus exploitable. Nous travaillons pour le compte de la maîtrise d’œuvre et nous sommes payés par le maître d’ouvrage. Notre travail s’arrête à la livraison du DOE. »
L’assistant à maîtrise d’ouvrage (AMO) BIM prend ensuite le relais pour accompagner la maîtrise d'ouvrage dans la mise en place, le déploiement et le suivi de sa démarche BIM. Tout au long du projet, de la conception à l'exploitation, il contrôle ce que le BIM manager a mis en place et veille à la bonne application du besoin numérique. « Il y a un certain amalgame sur le rôle exact du BIM manager aujourd’hui qui ne peut être réduit à la simple prévention des conflits car son champ d’actions est beaucoup plus étendu.  Beaucoup de réflexion se mettent en place actuellement pour déterminer le rôle de chacun dans la conception et l'exécution du cahier des charges numérique. Notre métier est en mouvance perpétuelle car il doit s’adapter aux évolutions technologiques constantes », relève Iyeb Benhassen.

Le plan BIM 2022 en ligne de mire

Pour accompagner ces évolutions permanentes et accélérer le déploiement du BIM, les pouvoir publics ont lancé en novembre 2018 le Plan BIM 2022. Successeur au Plan de Transition Numérique dans le Bâtiment (PTNB), il est doté de 10 millions d’euros pour accompagner les acteurs du BTP et notamment les PME. Deux grands axes sont au programme. Le premier passe par la généralisation de la demande de BIM dans les commandes ainsi que dans l’ensemble de la construction en fiabilisant les pratiques, et en donnant des définitions claires et équilibrées des attentes et responsabilités de chacun. Le deuxième axe vise à déployer le BIM dans les territoires, en soutenant la montée en compétence de tous les professionnels. L’objectif est de fournir un écosystème innovant d’outils numériques accessibles pour que dans chaque cas, l’acte de construire soit entièrement numérique. « Il est important que ce plan se rapproche au maximum des fédérations métiers car c’est par elles que le message touchera au plus près les entreprises du territoire », souligne Iyeb Benhassen. La Fédération Française du Bâtiment a ainsi développé un site Internet (www.ffbim.fr) répondant à de nombreuses questions spécifiques que peuvent se poser les entreprises comme : Pourquoi contractualiser le BIM ? Comment aborder un appel d’offres BIM ?

Les fabricants ont un rôle à jouer et des opportunités à saisir

Autres grands contributeurs à cette dynamique : les industriels. Pour Iyeb Benhassen : « les fabricants de matériaux ou d’équipements doivent voir le BIM comme une véritable opportunité de marchés. Ils ont un rôle à jouer auprès des bureaux d’études pour décrocher certains projets, mais surtout auprès des entreprises. Ceux qui investissent dans la modélisation de leurs produits peuvent clairement prendre une longueur d’avance et se développer avec un retour assuré. » Illustration : le groupe Xella est aujourd’hui un acteur engagé et pleinement investit dans ce virage du numérique. Dès janvier 2017, il a adhéré à l’association Edibatec et cette même année, il a intégré ses solutions constructives en béton cellulaire Ytong à la base BIMobject. Son portail international dispose aujourd’hui de plus de 30 000 objets paramétriques. Et Xella participe également à la démarche BIM de la FIB via le portail datBIM. La digitalisation est donc en marche et « bimer » ses produits va rapidement devenir la norme. Ce mouvement des industriels, qui accompagne les besoins naissants de la maîtrise d’ouvrage et de la maîtrise d’œuvre, va encore davantage pousser le développement du digital dans la construction, plus uniquement des seuls grands programmes, mais de l’ensemble des projets.
« Lecture de plans, réactivité, approche collaborative, data, digitalisation du matériel et des produits, c’est la propagation des corps de métiers qui vont utiliser le BIM et constater le retour sur investissement qui fera avancer la transition numérique. On peut être optimiste pour la suite », conclut Philippe Valentin.


Les 7 actions du plan BIM 2022

Généraliser la commande en BIM dans l’ensemble de la construction
1. Fiabiliser et sécurité la commande BIM
2. Simplifier le contrôle et l’autocontrôle du projet
3. Définir et assurer la prise en compte des besoins de la filière dans les travaux sur les normes BIM, les accélérer et les faire converger
4. Créer un observatoire du BIM du secteur du bâtiment

 

Déployer le BIM dans tous les territoires et pour tous grâce aux outils adaptés
5. développer les outils de montée en compétence accessibles au plus près des territoires
6. évaluer sa maturité BIM et la faire reconnaître par tous
7. constituer un écosystème dynamique permettant à l’ensemble des acteurs d’échanger au niveau local
8. permettre aux acteurs de collaborer concrètement en BIM avec la plateforme publique Kroqi et son écosystème d’outils simples et adaptés aux professionnels